Chapitre 2 - Central Park

Publié le 26 avril 2026 à 00:54

Manhattan, Tom et Aponi

 

     Le tunnel principal était situé près de Central Park, au niveau de la 59e, à Colombus Circle. Tom et Aponi empruntèrent la sortie plus discrète au niveau du Whole Foods Market, le supermarché du centre commercial. Ils s’étaient équipés en conséquence, sachant qu’ils ne rentreraient pas tout de suite à l’abri. Aponi avait pris une arbalète et des flèches trouvées à l’armurerie, dans laquelle Tom avait récupéré un fusil et plusieurs boites de munitions. Sarah, sa mère, leur avait préparé une trousse de secours en cas de problème. Ils avaient également pris un talkie-walkie, pour rester en contact.

__ Trouve ton père et ramène-le-moi, mais pas d’imprudence !

__ Ne vous inquiétez pas Sarah, nous veillerons l’un sur l’autre.

__  Attend, prend ça. C’était à ton père. Des éclaireurs l’ont retrouvé à Central Park il y a plusieurs années.

__  Qu’est-ce que c’est ?

__ Son journal.

Tom le prit. La couverture en cuir était élimée et rugueuse. Il y avait une sorte de dessin en relief à moitié effacé dessus, dont on ne distinguait plus que les contours.

Tom interrogea sa mère du regard.

__  Je ne l’ai pas lu. dit-elle.

 

     Ils s’étreignirent. Tom et Aponi sortirent de l’abri, armés et équipés. Sarah referma la trappe. Le soleil, haut dans le ciel, brillait déjà avec intensité. La douce chaleur de l’astre vint caresser leur visage. Leurs rétines étant désormais habituées à la lumière naturelle, ils pouvaient sortir en toute sécurité et profiter de nouveau du spectacle verdoyant qui s’offrait à leurs regards à chaque sortie. Tom sourit.

__ Allons-y. Prête ?

__ Oui.

Ils s’éloignèrent prestement, sans se retourner, et se dirigèrent vers Central Park, A mesure qu’ils avançaient, Aponi sentit sa gorge se serrer. A l’origine, Manhattan et Central Park étaient un territoire Indien. Jusqu’à ce que les Anglais viennent accaparer les terres, en les chassant de la façon la plus brutale qui soit. S’ils étaient restés sur leurs terres, jamais le monde se serait écroulé. Ses ancêtres vivaient en communion avec la nature, notamment la forêt. C’est pourquoi Aponi, fidèle à ses aïeux, était capable de reconnaître les plantes comestibles ou toxiques et suivre des traces laissées par la faune ou les humains. Son prénom lui-même symbolisait la lumière, et la transformation. Aponi signifiait en Mohawk, sa langue paternelle « Papillon ».

 

     Aponi et lui se connaissaient depuis leur enfance. Du plus loin qu’ils s’en souvenaient, ils avaient toujours été en contact. Leurs parents étaient amis de longue date. Le père d’Aponi était décédé alors qu’elle n’était encore qu’une adolescente. Il y avait eu un accident pendant le forage d’un tunnel secondaire, la voute s’était effondrée tuant une dizaine d’ouvriers dont le père d’Aponi. A partir de cette date, Tom et son amie avaient grandi ensemble, comme frère et sœur.

C’est donc tout naturellement qu’ils avaient nourri l’espoir de retrouver Nelson, lorsque celui-ci avait disparu corps et âme le 25 juillet 2625, lors de sa sortie avec Bill Mac Murray. Où avaient-ils pu passer ?

Malgré le mystère qui entourait cette soudaine disparition, Tom et Aponi n’avaient eu de cesse de tenter de les retrouver. Ils étaient sortis plusieurs fois avec des amis pour explorer les environs mais n’avaient rien trouvé à ce jour. Mais cette fois, il y croyait de nouveau et était sûr de pouvoir les retrouver. Il s’était sûrement passé quelque chose d’important pour qu’ils ne puissent pas rentrer à la maison.

 

__ On va à Central Park, dit Tom. J’ai lu des trucs sur les monuments présents là-bas. Tu dois être au courant ! Les livres d’histoire parlent de légendes indiennes et mon père a perdu son journal là-bas.

__ Tu es sérieux, là ? Tu crois aux légendes indiennes, toi ?

— Pas particulièrement. Si on y a retrouvé son journal, peut-être trouvera-t-on autre chose.

Aponi se mit à rire, elle se moquait souvent de son ami. Il avait l’air sérieux.

__ Tom, ce ne sont que des légendes, des histoires à dormir debout.

__ Qu’est-ce que tu en sais ? Il y a dans le parc une grotte mystérieuse, sans doute empreinte de magie. Je l’ai lu dans un livre très sérieux, à la bibliothèque.

Aponi leva les yeux au ciel. Des légendes circulaient depuis la nuit des temps sur des lieux magiques et spirituels présents dans le célèbre parc qui jouxtait leur tunnel. Ses ancêtres leur vouaient un véritable culte. S’il y avait bien une chose qu’elle n’avait pas en commun avec eux, c’étaient bien ces croyances d’un autre temps.

__ Tu passes trop de temps le nez dans les bouquins, Tom. Redescend sur Terre. N’as-tu pas envie d’explorer autre chose que ce parc enchanté ?

__ Te fiche pas de moi, je suis sérieux Aponi. Tu sais très bien que depuis le départ de mon père, j’essaie de comprendre ce qui leur est arrivé. Je dois le retrouver. C’est pour ça que j’étudie les plans de New-York.

__ Et tu penses qu’il aurait pu aller se perdre dans le parc ?

__ Pourquoi pas ? On peut toujours aller voir. Si on ne trouve rien, on continuera plus vers le nord.

__ Penses-tu qu’ils auraient pu se diriger plus loin que l’île ? demanda Aponi.

__ S’ils n’ont pas trouvé de nourriture, oui, c’est possible.

__ Bon, d’accord, on fait comme ça. Mais s’il n’y a rien, on continue vers les autres secteurs de la ville.

 

Tom hocha la tête. Ils reprirent leur route, en direction de Central Park. Au fur et à mesure qu’ils avançaient, la végétation devenait de plus en plus dense. Il n’y avait plus aucune trace des anciennes rues décrites dans les guides touristiques trouvés par Tom dans la librairie. De temps en temps, on apercevait un feu de signalisation entouré de lianes. Des carcasses rouillées de voitures, de vieux taxis new-yorkais apparaissaient ça et là.

 

     Après le grand bouleversement, la mer avait entièrement recouvert l’île, balayant tout sur son passage. De la statue de la liberté, on ne voyait plus que la flamme, sortant de l’eau comme un ultime acte de résistance.

Arrivés près de l’entrée du parc, ils entrèrent par le portail principal, complètement rouillé, grand ouvert. Des lianes étaient entrelacées autour des barreaux de la grille et des plantes étaient enchevêtrées les unes aux autres, laissant ainsi peu de possibilités aux visiteurs d’entrer sur le site. Aponi sortit une machette de son sac à dos qu’elle avait posé à terre.

__ Tu as aussi pensé à ça ?

__  Je me suis dit que cela pourrait nous servir. Tiens, j’en ai pris une deuxième. On ira plus vite. Surtout, ne cueille rien, certaines plantes sont toxiques, tu pourrais mourir en deux minutes.

__ ok.

     Sur ces mots, Tom attrapa la machette et, tout comme Aponi, se fraya un chemin à travers les plantes qui s’étaient encore plus approprié les lieux. Ils avancèrent ainsi, pas après pas, taillant dans les lianes épaisses. Soudain, un craquement se fit entendre. Aponi se figea, Tom en fit autant braquant son fusil en direction du bruit sec, se demandant sur qui ou quoi ils allaient tomber.

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