La dernière chanson d’Obispo tournait en boucle à la radio. Se laisser le temps, oui, c’était ce qu’elle pensait chaque jour. « Il faut du temps… je veux des nouvelles de nous… ». Deux mois qu’elle n’en avait plus. Elle, avait fini par arrêter de croire en leur histoire.
Pourtant elle y avait adhéré, elle avait même un temps songé à démissionner de son poste au ministère pour le suivre dans sa reconversion dans les enquêtes privées.
Mais Il avait suffi d’un séjour à la Réunion durant l’été pour que leur histoire prenne l’eau et se termine en queue de poisson, sans aucun jeu de mot.
Julie s’était résolue à tourner la page en ce début d’année 1998 et à reprendre le cours de sa vie, sans lui.
Les jours avaient repris leur rythme. Elle ne prenait plus le train, mais le RER pour se rendre à La Défense, histoire de ne pas risquer de le croiser… ni d’y penser.
Sa dernière acquisition, un ordinateur dernière génération ainsi qu’un modem, avaient pris place sur son bureau, dans son salon. Elle s’était inscrite sur MSN pour pouvoir discuter tous les soirs avec son amie avec qui elle partait désormais en vacances et qui la connaissait mieux que personne. Oui, Julie était passée à autre chose et avait rangé Stéphane dans un coin secret de son cœur.
La chanson s’arrêta et le jingle du flash info retentit tandis qu’elle humait le café qu’elle venait de se verser.
__ Découverte macabre ce matin à Marne-la-Vallée. Deux corps ont été retrouvés dans un wagonnet du Train de la mine, au cœur du célèbre parc. Il pourrait s’agir du couple disparu la semaine dernière à Lille, lors d’une promenade au bord de l’Escaut. Sur place, notre envoyé spécial est aux côtés du commissaire Planquet.
Julie resta figée, sa tasse suspendue à mi-hauteur.
__ Commissaire, pouvez-vous nous en dire plus sur cette découverte ?
__ Pour l’instant, nous n’avons pas d’informations complémentaires à vous communiquer. Il semblerait néanmoins qu’il s’agisse du couple disparu à Lille, mais nous n’avons pas encore d’éléments qui pourraient le confirmer.
__ Quand aurez-vous le résultat des analyses ?
__ D’ici quelques jours, le temps de réaliser les autopsies des deux corps. Nous vous tiendrons informés.
Un frisson parcourut le corps de Julie. Les souvenirs enfouis dans sa mémoire l’assaillaient. Le commissaire Planquet devait être Lucas, le lieutenant qui avait « protégé » Stéphane. Elle pâlit soudain à la pensée de ce qu’elle avait vécu deux ans auparavant.
La sonnerie du téléphone retentit. Julie tressaillit et reprit ses esprits. Elle se leva pour répondre.
__ Allô ?
__ Julie ?
Elle reconnut immédiatement sa voix. La sienne se fit plus dure.
__ Bonjour Stéphane. Tiens, tu te souviens que j’existe ?
__ Excuse-moi, je n’ai pas eu le choix. Tu dois m’écouter, s’il te plaît, c’est important.
__ Non, c’est trop tard ! Je ne suis plus intéressée ! Je n’ai plus de temps à perdre.
Elle ne lui laissa pas le temps de réagir. Elle reposa sèchement le combiné sur son socle qui vacilla. Elle pesta entre ses dents, en attrapant son manteau. Elle sentait une tension monter en elle tandis qu’elle prononça à voix haute :
__ Va voir ailleurs et fiche-moi la paix !
Elle enfila ses bottes, attrapa son sac d’un geste rageur, prit ses clés et sortit de l’appartement en claquant la porte.
__ Alors ?
__ Elle ne veut rien entendre.
Stéphane s’enfonça un peu plus dans le fauteuil en cuir élimé.
__ Dommage pour toi la fouine. C’était ta dernière chance.
Un coup sec s’abattit sur sa tempe. Un voile passa devant les yeux de Stéphane qui s’effondra sur sa chaise.
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