Chapitre 1 - Rencontre

Publié le 26 avril 2026 à 23:25

 

Il allait monter, comme tous les matins, dans le train de 8 heures. Il travaillait à la Banque de l’Océan. Il l’aperçut, assise à la fenêtre, près de la dernière porte de la voiture, et alla s’asseoir à côté d’elle.

— Bonjour.

Elle tourna la tête vers lui et lui rendit son salut. Il reprit la parole.

— Vous avez vu hier soir ? Un type s’est fait tuer à côté du dôme.

— Ah bon ? Non, je n’étais pas au courant. Je suis partie tôt et je passe par la galerie marchande le soir.

— Où travaillez-vous ?

— Dans un ministère et vous ?

— Une banque.

 

     Elle repensa à la première fois qu’elle l’avait remarqué, son regard rieur posé sur elle, quelques mois plus tôt. Il discutait avec un sans-abri, un poste de radio allumé à fond posé sur l’épaule. Elle l’avait vu parler à cet homme, le sourire aux lèvres, jusqu’à la gare de la Défense, puis l’avait oublié, tandis qu’il montait tous les matins dans la même voiture qu’elle et ne cessait de l’observer durant tout le trajet, en silence. Jusqu’à ce matin où, écoutant d’une oreille distraite un jeune chanter des chansons de Souchon, pas vraiment dans le tempo, ils s’étaient regardés et s’étaient souris d’un air complice. Depuis, elle avait remarqué qu’il venait toujours s’asseoir à quelques places d’elle et passait son temps à la regarder. Mais, jusqu’à présent, il ne lui avait encore jamais adressé la parole.

Il était de taille moyenne, avait les cheveux courts, châtain, et un charme certain.

— Je m’appelle Stéphane, et vous ?

— Julie. Alors comme ça, il y a eu un meurtre ? Cela va mettre de l’animation dans le quartier ! Savez-vous ce qui s’est passé ?

— Non, pas vraiment. Lorsqu’on est sortis, à 18 heures 30, la police et le SAMU étaient là et pas mal de curieux aussi.

Le train entrait dans la gare de la Défense. Ils se levèrent et sortirent du wagon, puis de la station et continuèrent à parler de l’affaire, tout en se dirigeant vers leur lieu de travail. Il reprit.

— Vous faites quelque chose à midi ?

Elle le regarda, amusée, et répondit :

— Je ne sais pas encore, pourquoi ?

— Peut-être pourrait-on se voir, non ?

— Oui, pourquoi pas ?

Ils fixèrent une heure de rendez-vous et partirent chacun de leur côté.

Il la regarda s’éloigner. Pourtant, cela ne paraissait pas chose facile au premier abord. Elle semblait indifférente à ses regards, à ses sourires. Ce matin-là, il avait pris comme prétexte ce qui s’était passé la veille et cela avait suffi à briser la glace. Ils allaient même se voir le midi. Il n’en revenait pas. Il entra dans sa tour.

 

     Lorsqu’elle arriva à la cafétéria, elle aperçut deux de ses collègues assises à une table. Elle se dirigea vers elles, après s’être fait servir au comptoir.

— Salut, alors, il paraît qu’il y a eu de l’animation hier soir ?

— Oui, tu en as entendu parler à la télé ?

— Non. Hier, j’étais chez le kiné. C’est ce matin, dans le train que je l’ai appris. C’est mon admirateur qui me l’a dit. Il est très sympa, on a rendez-vous pour déjeuner.

Sophie la regarda, interloquée par sa réaction.

— Tu m’étonnes beaucoup, toi qui es si méfiante d’habitude ! En même temps, cela fait un bout de temps que vous vous observez.

— C’est juste pour le connaître un peu plus, rien de bien méchant !

Elles finirent leurs boissons et montèrent à leur étage. Elles travaillaient au service juridique. Dans les couloirs, d’habitude calmes, les conversations des uns et des autres se rapportaient toutes à l’évènement de la veille et chacun avait son opinion à donner.

Julie alluma son ordinateur.

 

***

 

     Il prit l’ascenseur, tout le monde parlait de l’affaire. Il sortit au vingt et unième étage et alla directement dans son bureau. Ses fenêtres donnaient sur la tour du ministère, il se demandait où était situé celui de Julie.

Christine, une secrétaire, vint aux nouvelles.

— Salut, Stéphane, tu as lu le journal ce matin ? Il y a la photo du type qui a été tué. Tu devrais y jeter un coup d’œil, on le connaissait…

— Qu’est-ce que tu racontes ? Fais voir ?

Elle la lui donna…

— Ce n’est pas possible… C’est Leroux ! Tu as vu le chef ?

— Pas encore, je voulais ton avis.

Ils sortirent de la pièce et se dirigèrent vers le bureau du directeur financier. Stéphane frappa à la porte et entra, suivi de Christine.

— Bonjour, monsieur Caron. Nous sommes là à cause de l’homme qui a été tué hier. La police a distribué des photos ce matin. Vous devriez y jeter un œil. On dirait Christian Leroux, de la Comptabilité.

Le directeur prit la photo.

— Vous en êtes sûr ?

— Oui, monsieur, c’est bien Christian.

— D’accord, alors il faut prévenir le commissariat pour le leur dire. Christine, appelez la police. Nous allons certainement avoir droit à plusieurs interrogatoires, réservez votre journée.

— Bien, monsieur, dirent Christine et Stéphane.

 

     Midi moins cinq. Julie attrapa ses affaires et partit. Lorsqu’elle arriva près des pyramides, il était déjà là.

— Je suis venu plus tôt, expliqua-t-il. Je ne vais pas pouvoir rester jusqu’à 14 heures.

Elle le regarda d’un air interrogateur. Il reprit :

— Il y a du nouveau dans l’affaire. Le type qui s’est fait tuer travaillait dans ma boite et… Je le connaissais.

— Oh, je suis désolée.

— Merci, je dois remonter. Vu les circonstances, mon chef va sûrement avoir besoin de nous si la police vient au bureau. Désolé, je vous raconterai demain matin.

— D’accord. Bon courage.

Ils se séparèrent et Julie se dirigea vers le centre commercial.


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