Chapitre 1 - Rasemotte

Publié le 26 avril 2026 à 23:15

 

     Comme tous les matins, Rasemotte s'aventure dans la jungle du jardin. Il traîne avec difficulté une hache derrière lui. Il n'a pu prendre que celle du jardinier, n'ayant pas réussi à ouvrir le coffre à jouets de l'un de ses petits-neveux pour en récupérer une en plastique. Mais celle-ci est vraiment trop lourde pour ses impressionnants biceps (2,5 cm de circonférence au moins, d'où son surnom dans la famille, "le Terminator").

      Au détour d'une piste, avançant prudemment, il s'immobilise soudain, car il perçoit un bruit étrange. Il se retourne et... AARGGHHH !! Un monstre à roulettes avance vers lui avec une rapidité extraordinaire. Qu'est-ce donc ? Rasemotte croit reconnaître la tondeuse du géant qui habite la maison au fond du jardin. Il court aussi vite qu'il le peut, droit devant lui mais... Que faire ? Apprendre le karaté peut-être, mais n'est-ce pas un peu tard ? Essayer de dialoguer ? Il ne connaît pas le langage des tondeuses et celle-ci n'a pas vraiment la tête d'un porte-

bonheur ! Après avoir fait travailler le neurone de son cerveau, il décide d'être courageux, se retourne, prend ses jambes à son cou et part en courant. Encombré par la hache, il décide de l'abandonner. Une fois allégé, il se prend pour une gazelle et saute par-dessus les cailloux et les mottes de terre qui s'obstinent à lui boucher le passage. Tout à sa joie, il ne remarque pas qu'il se rapproche dangereusement du bassin des poissons rouges. A l'issue d'un dernier saut, il s'étonne de ne pas sentir la rassurante fermeté du sol sous ses pieds. Que se passe-t-il ? Est-il déjà arrivé au bout de la Terre, là où, c'est bien connu, existe un gouffre peuplé d'animaux terrifiants ? Il regarde à ses pieds et, ouvrant des yeux hagards où l'on peut lire l'étonnement du petit enfant à qui on a refusé un bonbon, il se rend compte qu'il tombe comme une pierre dans l'eau froide et glauque du bassin. Après un instant de panique, il retrouve courage. En effet, même s'il ne sait pas encore voler, il connaît au moins les bases de la natation. Il prend alors la position du canard expérimenté, que lui a appris l'un de ses amis pingouins, et se prépare au choc avec l'eau. Malheureusement un souffle d'air, aussi brusque que traître, le déséquilibre et, au lieu d'entrer dans l'onde avec la grâce d'un plongeur brésilien, il s'éclate à la surface comme un vieux trognon.

    "Blurp... Blurp... Blurp... Blurp..." Rasemotte s'enfonce dans l'eau et atterrit, le nez dans le sable, telle une autruche désespérée dans la savane africaine. Il se relève péniblement, mais un banc de poissons le heurte de plein fouet et il s'étale de nouveau au fond.

      Puis, il essaie (désespérément) de remonter à la surface en battant des pieds et des mains et, malgré tous les obstacles dressés devant lui, réussit enfin à ramper jusqu'au bord. Après avoir repris son souffle, il se dit que cette journée commence plutôt mal. Son moral, comme ses habits, sont complètement trempés. Il retournerait bien chez lui pour se changer, mais s'il rebrousse chemin, il risque de tomber de nouveau sur la tondeuse et le géant et, de toute façon, il n'est pas prévu qu'il fasse plusieurs allers-retours dans ce chapitre...

 

     Heureusement, le soleil commence à briller et à réchauffer l'atmosphère. Il décide donc de continuer son chemin, il séchera en route. Mais, par où passer ? Avec toutes ces péripéties, il ne sait plus où il se trouve. Il lui faudrait un point élevé pour pouvoir se repérer. Après avoir regardé de tous côtés, il aperçoit enfin un bouquet d'arbustes. Impeccable, voilà le site idéal. Il entreprend donc de grimper sur le plus accessible. Mais, à son grand désespoir, la branche la plus basse est encore trop haute par rapport à lui. Il tente alors de sauter pour l'attraper, mais n'y parvient pas. En désespoir de cause, il finit par trouver un vieux lacet par terre qui fera office de lasso, mais n'a pas le temps de lancer sa corde improvisée autour de la branche. Un bruit, qu'il n'arrive pas tout de suite à définir, se rapproche de lui et le sol se met soudain à trembler. Le géant est sorti de sa maison ! Au fur et à mesure qu'il avance, Rasemotte saute, indépendamment de sa volonté et de plus en plus haut. Terrifié, il se retrouve tout à coup assis sur la branche, qu'il voulait atteindre. Un coup d’œil à gauche, un autre à droite... OUF ! Le géant est passé sans le voir... Du haut de son promontoire, il aperçoit la grille du jardin et... le cerbère du géant... Comment faire pour sortir et éviter "Molosse, le york" ???...

         Il redescend de l'arbuste après avoir repéré son chemin à travers le jardin. Sortant une machette rétractable de son sac à dos, il se lance à l'assaut des branches et "lianes" qui lui barrent le chemin. Un coup à gauche, un à droite, redevenu confiant, le voilà qui prend soudain des risques inconsidérés. Il sautille en sifflotant gaiement, sans se rendre compte qu'il se rapproche lentement mais sûrement de la grille et du monstre qui en garde l'accès...

Enfin, le voilà devant le portail. Un étrange face-à-face se déroule alors entre ce petit homme qui mesure à peine 25 centimètres de haut et le cerbère qui en fait à peine plus. Heureusement, Rasemotte a gardé le lacet (autour de son épaule, comme un célèbre héros d'aventures). Il réfléchit à l'utilisation qu'il pourrait en faire pour se sortir de là et, tout à coup, une idée lui traverse l'esprit. Il va s'en servir comme lasso et attraper le yorkshire, comme un cow-boy le ferait avec un cheval sauvage. Il prépare donc le lacet et... Il n'arrive à rien ! N'est pas Buffalo Bill qui veut ! Têtu comme un mulet breton, il recommence plusieurs fois. Mais décidément, il n'a pas le coup de main pour cela. Frôlant la crise de nerfs, injuriant copieusement le lacet, il se lance dans de grands moulinets de bras et de jambes qui n'ont pour seul effet que le faire se retrouver par terre, aussi ficelé qu'un saucisson auvergnat. Décidément, la situation ne s'arrange pas, d'autant que, attiré par le bruit et les mouvements désordonnés de Rasemotte, Molosse le york s'approche lentement, plutôt débonnaire. Il ne l'a pas encore vu, à peine dissimulé derrière un pied de pissenlit géant.

       Au bord du désespoir, Rasemotte pense qu'il aurait mieux fait de rester couché. Mais la situation est suffisamment grave pour qu'il arrête de se lamenter et prenne une décision qui, il l'espère, le sortira de ce mauvais pas. Tout d'abord, se débarrasser du lacet. Après quelques mouvements, il parvient à se libérer de sa fâcheuse posture. Et d'un. Maintenant, le plus important : Molosse. Un coup d’œil aux alentours lui permet de voir que la « bête » se rapproche dangereusement. Appliquant le vieux principe des survivants (à savoir "Courage, fuyons"), il rampe doucement en arrière, se dissimulant derrière toutes les aspérités du terrain.

      Cette stratégie de maître semble réussir. S'éloignant de plus en plus du monstre, il se rapproche petit à petit de la grille mais tout à sa peur, il ne se rend pas compte qu'il est en train de passer sous le portail et rampe désormais sur le trottoir longeant la rue...


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